Le déménagement : une perte de repères pour nos enfants ?

Le déménagement : une perte de repères pour nos enfants ?

Pour vous, un déménagement, c’est dire adieu à une ville, un travail, et vos amis. Mais c’est aussi un nouveau travail, peut-être une promotion, de nouveaux amis et une vie meilleure ! En tant qu’adulte, notre esprit fait au mieux pour relativiser et porter un regard positif vers l’avenir. Mais en est-il de même pour nos enfants ?

Plusieurs études ont été réalisées ces dernières décennies sur les conséquences du changement de lieu pour un enfant. Parmi elles, celle que l’on
connaît le plus : l’analyse de Françoise Dolto au sein de ses ouvrages « Lorsque l’enfant paraît ». Elle parle au cours de ses études de débuts
difficiles dans la nouvelle école, de « crainte des camarades ». Le changement d’espace pour un enfant constituerait un brouillage des repères,
qui le pousserait à se rapprocher physiquement de ses parents par sécurité et à s’isoler du monde extérieur. Allisson Gary et Angélique
Kosinski Cimelière, respectivement psychologues cliniciennes en métropole lilloise et à Paris ont leur avis sur la question.

Selon Angélique Kosinski Cimelière « l’enfant n’aura pas forcément une crainte de ses camarades. C’est à rapporter à chaque individu et à sa personnalité. » Si de son côté, Allisson Gary dit croire en la grande capacité des enfants à s’adapter rapidement à un nouvel environnement, elle n’exclut cependant pas les risques de quelques symptômes. « A cause du déménagement, l’enfant peut éprouver un stress, identifiable par un manque de sommeil ou d’appétit, une baisse d’attention à l’école… C’est parfois une épreuve pour lui de faire le deuil d’un environnement
passé (son entourage, ses habitudes de vie, sa maison). »

Quelles astuces pour les parents ?

Françoise Dolto recommande la mise en place d’un carton sacré.
Dans ce fameux carton, votre enfant pourra placer tous ces objets précieux et ses petits trésors : images, jouets, vieux doudous adorés. Ainsi, il retrouvera tout ce petit monde dans sa nouvelle chambre témoin de son passé. Mais le déménagement peut aussi être l’occasion pour l’enfant de grandir et de tourner la page.

Comme avant ?

Pour rassurer l’enfant, Françoise Dolto conseillait aussi de retourner voir l’ancienne maison pour rassurer l’enfant et ne pas le brusquer en changeant la taille de son lit, en le séparant dans la nouvelle maison de la chambre de ses parents, etc. Aujourd’hui, les deux psychologues
cliniciennes conseillent de prendre ces pratiques avec recul. Allisson Gary : « Si l’enfant présente des pertes d’appétit ou des baisses de moral,
pourquoi ne pas organiser un goûter avec les enfants de son quartier, mais l’idée du retour à l’ancienne maison peut l’empêcher d’aller de l’avant ».

L'enfant doit-il participer au déménagement ?

Madame Dolto assurait qu’en participant au déménagement, l’enfant comprend tout de suite ce qui est en train de se passer, cela évite d’être déstabilisé. Doit-il alors participer au déménagement ? « Cela dépend de l’âge, explique Angélique Kosinski Cimelière. En dessous de l’âge
de 8 ans, les enfants donnent une importance conséquente à leurs objets. Leurs doudous font partie d’eux même. Les voir mis dans un carton peut être embêtant. Je ne pense pas au-dessous de cet âge que cela soit gênant de les faire garder par les grands-parents le temps du déménagement ». Les deux psychologues affirment cependant que dès 8 ans, faire participer un enfant à la décoration de sa chambre peut être un stimulant efficace contre le manque de repères.

Et si les symptômes perdurent ?

« En cas de déprime de l’enfant, constatée depuis un certain temps, il faut faire l’effort de lui en parler, et surtout lui montrer que l’on comprend son désarroi, ses craintes » conseille Allisson Gary. « Surtout, ne pas éviter la question en lui disant : ta chambre est plus grande… pourquoi tu es triste ? Tout va bien, ne t’inquiète pas… Il faut plutôt le questionner sur les raisons de son mal-être » complète Angélique Kosinski Cimèliere. Si dans un deuxième temps, on ne parvient pas à identifier les besoins de l’enfant, on peut choisir de consulter un psychologue pour enfant, qui se révèlera neutre et envers qui votre petit exprimera sans doute mieux ses émotions.

 

Francoise Dolto
« Lorsque l’enfant paraît »
3 tomes aux éditions du Seuil
entre 5€ et 6€ format poche


Allisson Gary
Psychologue clinicienne dans la
métropole lilloise
Tél : 06 87 27 25 83


Angelique Kosinski Cimeliere
Psychologue clinicienne à Paris
Tél : 01 40 17 08 20

 

Par Aude Maridet

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