En un an, le volume des permis de construire a reculé de 16%, la faute à la crise sanitaire mais pas seulement. Pourquoi la construction de logements est-elle aujourd'hui à la peine ?

Pour plusieurs raisons. À commencer par la raréfaction du foncier qui rend l’exercice difficile, s'ajoutant à une conjoncture économique incertaine. Parallèlement, nous rencontrons beaucoup de difficultés à obtenir des permis de construire, malgré une demande présente. Il est vrai que les citoyens sont de plus en plus réticents à l’idée de voir arriver de nouveaux projets immobiliers dans leurs quartiers. Face à la réticence des habitants, les maires allongent les préinstructions. Celles-ci ne sont pourtant pas prévues dans la loi, mais elles existent quand même : c’est la partie immergée de l’iceberg.
Conséquence : des délais d’instruction toujours plus longs, quand il ne s’agit pas de lever la plume au moment de signer les permis. En 2020, l’attentisme lié d’une part aux élections municipales à rallonge, conjugué à la crise sanitaire, était à la rigueur compréhensible. Mais pas en 2021. De fait, nous savons d’ores et déjà que nous aurons du mal à atteindre les objectifs du Schéma de cohérence territoriale (SCOT) de Lille fixés à 6 000 logements sur le Programme local de l’Habitat (PLH). Il en manquera environ 1 500 d’ici la fin d’année... S’il n’y a pas d’efforts de la part des élus, nous allons avoir de plus en plus de mal à sortir de ce marasme et à loger les Français.

Comment remédier à la pénurie de logements neufs ?

Il faut prendre notre bâton de pèlerin, discuter avec les élus et leur faire prendre conscience que ce besoin fondamental de loger n’est pas satisfait. Aujourd’hui, l’acte de construire dérange les maires, disons- le clairement. Déjà parce qu’il y a une peur du changement, accentuée par cette volonté des habitants qui veulent préserver leurs rues et le font savoir. Mais aussi parce que certains maires espèrent que ce sont d'autres élus qui relèveront le défi. En somme, nous avons juste envie de leur dire : “délivrez-nous des permis de construire, il y va de l’intérêt général” !

Dans ce contexte explosif, quelle place pour l'objectif ZAN (Zéro artificialisation nette) qui appelle à densifier les espaces déjà urbanisés pour éviter l'étalement urbain ?

C’est bien là tout le paradoxe ! S’il n’existe pas encore de schéma précis ou mode d’emploi, nous connaissons les ambitions : freiner l’artificialisation des sols en consommant moins de terres agricoles. Sur le principe, tout le monde semble être d’accord. Mais cela suppose que les habitants et les élus soient prêts à densifier la ville. Or, comment peut-on vouloir stopper l’extension urbaine, et dans un même temps refuser de construire en ville ? Pourtant, ce ne sont pas les solutions qui manquent. La reconquête des friches en est une, par exemple. Tout comme la construction à la verticale qui présente de nombreuses vertus, comme celle de limiter l’emprise au sol ou encore de lutter contre les îlots de chaleur. Mais ce modèle peine à s’imposer, en raison d’une connotation négative.

En mai dernier, Jean Castex a confirmé la mise en place d'une commission menée par François Rebsamen, maire (PS) de Dijon pour la relance du neuf. Qu'attendez-vous des mesures ?

Pour être honnête, je préfère ne pas m’attendre à quelque chose de spectaculaire en termes de propositions. J’attends surtout de voir quelles seront les actions. Néanmoins, cela reste une bonne façon de communiquer sur cette nécessité criante de construire davantage de logements, en espérant que cela incite les collectivités territoriales à faire bouger les lignes. La portée est donc intéressante. Ce n’est plus seulement les promoteurs qui sont mis sur le devant de la scène. C’est une autre voix, cumulée à celle de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) et à celle de l’Union régionale pour l’Habitat (URH). Face à tous ces signaux d’alerte, à un moment donné, les maires ne pourront plus faire la sourde oreille.

Quels défis pour le secteur de l'immobilier au prisme des enjeux du développement durable ?

Construire des bâtiments moins consommateurs de carbone, à partir de matériaux biosourcés, valoriser les déchets recyclables, réutiliser les bâtiments existants... sont autant de challenges auxquels devra répondre l’immobilier de demain. Tout ceci contribuera au renouvellement du parc. Nous devons construire de manière durable et vertueuse. Jusqu’alors, nous faisions beaucoup de démolition, l’enjeu sera désormais de déconstruire, à partir de plateformes de gestion des déchets. Pour répondre au défi du changement climatique, la filière construction doit se mettre en place. Le béton se fera timide, là où le bois signera son retour en force. Pour tenir les futures exigences de la RE2020 , nous aurons besoin d’entreprises qui produisent de l’ossature bois. De la même façon qu’il faudra que l’on rattrape le savoir-faire et ainsi faire revenir des métiers qui avaient un peu disparu car aujourd’hui, le PVC et l’alu restent majoritaires. C’est ainsi que nous arriverons à réduire notre empreinte écologique.