Nouveau mode d'habiter

Clarence Nalpas est une artiste qui a fait le choix de s’installer dans sa tiny près de Lille. Après avoir passé 10 ans à Paris, elle a décidé de quitter le rythme effréné de la ville pour s’installer en pleine nature. Sa toute petite maison est, depuis peu, installée dans un champ près de la forêt. Un terrain qui lui est prêté par “de gentils voisin”. En échange, la jeune femme s’occupe de leurs animaux. Une entente qui arrange tout le monde et qui permet à chacun d’y trouver son compte. Fini donc, le bruit des klaxons, des sirènes, et des véhicules ; aujourd’hui Clarence vit parmi les hennissements des chevaux, les chants des coqs, les gazouillis d’oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles d’arbres. Terminé les odeurs d’échappements et autres inconvénients de la ville ; place aux senteursdes arbres, de l’herbe fraîche et des fleurs. Exit aussi, les immeubles et le béton ainsi que la foule ; sa maisonnette offre une vue sur un long champ jonché de fleurs et de chardons, avec seulement quelques promeneurs qui passent en lisière de forêt dans le contrebas de ce terrain. Un retour à l’essentiel apprécié par la jeune artiste qui retrouve les paysages de son enfance. “Ici, le temps s’arrête. Je prends conscience de chaque chose qui m’entoure, je ne cours plus après le métro sans réfléchir”, sourit- elle. Et d’ajouter : “Le fait de vivre dans cette tiny me rapproche de la nature. Je passe plus de temps dehors, et même quand je suis chez moi, les nombreuses ouvertures et les grandes fenêtres me permettent de me croire dehors”.

Petite maison mais grands espaces

De l’extérieur, cette micro maison semble minuscule par rapport au grand terrain sur lequel elle se trouve. Pourtant, quand on monte les quatre petites marches en bois qui mènent à la porte d’entrée, on découvre un espace dans lequel on peut se tenir debout, se déplacer et se croiser à plusieurs. Dès l’entrée, cette tiny est lumineuse et accueillante. On découvre, en effet, un plafond bien plus haut que dans une maison “classique” et, sur la droite, un espace “cocooning” dans un bow-window qui permet une grande entrée de lumière. “C’était mon rêve d’avoir un bow-window. Je n’ai jamais vu de tiny house qui en comportait mais je voulais en avoir un pour avoir beaucoup de lumière et me poser près de la fenêtre avec mon chat pour lire un livre ou me reposer”, raconte-t-elle. Et d’ajouter : “Ça n’a pas été facile, cela a créé des complications en termes d’architecture sur la façon de créer un arrondi, mais Jonathan a trouvé les solutions adéquates pour réaliser ce que je voulais”. Sous la banquette, près de ces fenêtres, se trouvent des coffres profonds et plein de rangements. “Il faut optimiser chaque espace, rien ne doit être perdu”, précise Clarence. L’intérieur, tout en bois, continue avec une cuisine qui fait face à son plan de travail pour ses activités créatives. “J’ai une cuisine équipée et fonctionnelle avec beaucoup de rangements, juste en face de mon espace pour travailler.”
Un plan de travail qui lui permet de dessiner et de réaliser des œuvres en mosaïque notamment. “Je n’ai jamais eu autant de place pour travailler que dans ma tiny.” Ce plan de travail est sous une fenêtre. Il est entouré de tiroirs et de placards encastrés sous l’escalier pour gagner de la place partout. Juste en face, l’évier anglais de la cuisine se situe sous une autre fenêtre qui offre une vue imprenable sur tout le champ fleuri. Au bout de cet espace, une porte donne sur une salle de bain équipée d’une baignoire japonaise, d’un lavabo, d’un toilette, de rangements et d’une petite machine à laver comme sur les bateaux. Une pièce tout aussi lumineuse grâce à sa fenêtre juste au-dessus de la baignoire. Pour la chambre, il faut revenir vers l’entrée et emprunter un petit escalier en colimaçon qui mène à une mezzanine. Entouré de trois ouvertures dans le toit, un lit japonais (matelas en futon sur un tatami) occupe le fond de la chambre. Devant, un espace pour s’asseoir, les pieds dans le vide, permet de voir le bow- window d’un peu plus haut. Chaque espace est dédié à une activité, chaque endroit est optimisé pour que cette petite maison soit ergonomique et agréable à vivre. “Bien-sûr il a fallu faire des choix, on ne peut pas tout avoir. La tiny house doit être faite en fonction des priorités de chacun. Là où j’ai voulu une petite cuisine pour un plus grand espace de travail, certains auraient peut-être préféré un lit pour enfant ou une cuisine plus grande”, détaille-t-elle. Avant de poursuivre : “Cette maison me ressemble, elle est tout ce dont j’ai besoin. C’est formidable de vivre dans un endroit qu’on a totalement imaginé”.

Un long chemin pour la liberté

Une liberté oui, mais qui réserve des batailles. Ce type de logement est en effet considéré comme nomade puisqu’il est sur roues. Il n’y a donc pas d’impôt foncier à payer. De plus, ces petites maisons sont trop novatrices et ne font pas encore partie du paysage en France. C’est pourquoi Clarence s’est vue refuser l’accès à certaines communes. Elle avait trouvé une famille prête à la laisser s’installer sur un terrain, mais le maire de la commune s’y était opposé craignant de “voir venir d’autres logements de ce type et de créer un village de nomades”. Excédée par cette injustice, Clarence avait alors dessiné, sous forme de bande dessinée, cette histoire pour la diffuser sur les réseaux sociaux et trouver un terrain. La magie de ces réseaux a opéré, elle a reçu beaucoup de soutien et a trouvé le terrain sur lequel elle est actuellement. Au-delà de ces péripéties, l’administratif autour de la tiny house est une difficulté à surmonter pour profiter de ce nouveau mode de vie. La législation française sera sans doute amenée à évoluer sur ce sujet. Pour cela, en septembre 2020, une fédération consacrée à ce nouveau mode d’habitat a été créée pour organiser ces constructions. La fédération pour l’habitat réversible permettra peut-être de faire évoluer la législation actuellement conçue pour une habitatation pérenne en dur.