Février 2018, parmi 139 candidatures et quatre finalistes, l’agence néerlandaise OMA (Office Metropolitan Architecture), associée au cabinet d’architectes nordiste Saison Menu, remporte la maîtrise d’œuvre du futur Palais de justice de Lille. Dans son appel à projet, le Ministère de la Justice – qui a mandaté l’Agence Publique pour l’Immobilier de la Justice (APIJ) pour en conduire les études et la réalisation – pose notamment une double contrainte : « l’espace doit être accueillant pour les justiciables tout autant qu’un lieu de travail quotidien de qualité pour les utilisateurs, favorisant la pérennité nécessaire à l’acte de juger ». Le ton est donné.

Des espaces dédiés

La réponse imaginée par OMA, cabinet co-fondé par l’architecte Rem Koolhaas (créateur d’Euralille), superpose trois figures géométriques. Sur son socle paysager en forme de rectangle inachevé (en contrebas de la plaine Winston Churchill), la base du bâtiment reçoit le public avec sa traditionnelle "salle des pas perdus", témoin de tant d’histoires. Elle prolonge le parvis extérieur et prend un air de place publique. Ses murs sont ceux des grandes salles d’audience voisines. En son centre, un grand puits de lumière est en réalité le cœur d’une tour triangulaire qui la surmonte. La tour de quatre niveaux abrite les salles d’audience de cabinet, plus confidentielles (affaires familiales, mineurs...), volontairement en retrait.
Puis, une couronne hexagonale ceint le tout d’espaces de travail prolongeant les salles d’audience et de bureaux. Ces espaces baptisés "tertiaires" sont dédiés au personnel des Tribunaux d’Instance et de Grande Instance, ainsi qu’aux rendez-vous. Située en périphérie de l’immeuble, détachée du sol, c’est cette couronne qui se cache derrière les façades vitrées et colorées du Palais. Enfin, à l’abri obligé des regards, les sous-sols cachent les circuits et locaux sécurisés recevant les personnes détenues.

Une complexité singulière

Les espaces publics et professionnels sont clairement délimités, proches sans toujours se croiser. On accueille, on garde ses distances. On protège, on juge. Les contraintes sont majeures, comme la fonction de la justice. Le cabinet d’architectes Saison Menu se livre : "le bâtiment que nous avons imaginé se situe à l’intersection de la machine – un mécanisme efficace, intelligent et sûr – et de la fleur – un organisme vivant, sensible, flexible, éphémère". Ici, l’impact au sol est réduit dans le double souci de : préserver un parvis aux dimensions généreuses et de maîtriser les distances à parcourir à l’intérieur du Palais de Justice. Une architecture du complexe et des contractions, sous une apparence de transparence et de légèreté !
Maîtrise de l’ouvrage : APIJ Agence Publique pour l’Immobilier de la Justice, mandatée par le Ministère de la Justice. Maîtrise d’œuvre : OMA - Groupement Office for Metropolitan Architecture (architecte néerlandais mandataire) ; Saison Menu (architecte associé) ; WSP (BET, géotechnicien, BIM manager) ; MF (économiste) ; Quadrim (exploitation maintenance) ; Base (paysagiste) ; 8’18’’ (conception lumière) ; LASA (acousticien) ; Transsolar (BET HQE) ; VS-A (BET enveloppe) ; Cronos conseil (BET sûreté.