En 2013, la région des Hauts-de-France (ex-championne du charbon) s’engage au cœur de la Troisième Révolution Industrielle (Rev3). Les initiatives fleurissent partout sur le territoire pour réinventer un modèle économique décarboné, issu du mariage entre énergies renouvelables et technologies numériques. Avec son programme “Live Tree” (Lille Vauban Esquermes en transition énergétique, écologique et économique), l’Université Catholique de Lille se lance alors dans un challenge audacieux en cœur de ville ancienne: réinventer son campus pour optimiser l’autoconsommation énergétique.

Objectif 1 : optimiser les consommations et limiter les déperditions

’un véritable lifting. Son architecture a été totalement repensée : 1200 m² de panneaux photovoltaïques pour une puissance maximale de 180 kWc ont été installés sur les toits du bâtiment, soit la surface de six terrains de tennis. Raccordés à un système de stockage via une expérimentation de smart grids (réseau d’énergie intelligent), les 550 panneaux permettent au bâtiment de produire et autoconsommer sa propre énergie mais également d’alimenter six points de recharge rapide pour les véhicules électriques. Brise-soleil en terre cuite, stores et volets roulants extérieurs limitant les apports solaires, système de ventilation avec récupération d’énergie, gestion automatique de l’éclairage par détection de présence et de l’apport de lumière naturelle, toiture photovoltaïque, maquette numérique et logiciel de pilotage de l’efficacité énergétique du bâtiment... Ici, tout est fait pour optimiser les consommations et limiter les déperditions. L’objectif est d’atteindre la neutralité carbone au niveau de l’îlot historique d’ici le 9 janvier 2021, sur le périmètre de l’énergie (consommation, production, compensation). “Ce bâtiment datant de 1953 était mal isolé, ce qui a pour conséquence beaucoup de déperditions. Aujourd’hui, il est équipé de système intelligent de chauffage et d’électricité, ce qui permettrait de réduire de 70% les consommations d’énergie”, explique Benoît Bourel, vice-recteur en charge de la responsabilité sociétale de l’université.

Objectif 2 : recueillir de la donnée et piloter l'énergie déployée

Avec près de 18 000 habitants sur le quartier Vauban Esquermes, 32 000 étudiants et 650 enseignants chercheurs, la Catho est une petite ville dans la ville. Facultés, écoles supérieures, grandes écoles, centre de recherche et groupement hospitalier... L’Université Catholique de Lille a développé un véritable écosystème d’acteurs qui testent, expérimentent et innovent en faveur de la transition énergétique. “ Avec Yncréa Hauts-de-France, nous testons en temps et en conditions réelles des solutions de productions d’énergies renouvelables, de stockage et de mutualisation énergétique”, explique Benoît. Pour mieux gérer les consommations énergétiques, 500 capteurs ont été installés au sein du Rizomm. Ces précieux indicateurs permettent de recueillir de la donnée et piloter l’énergie déployée au sein du bâtiment.
“Chaque salle est chauffée en fonction de son occupation. Lorsque l’une d’entre elles est vide, alors le chauffage diminue automatiquement. Si elle s’apprête à être occupée, le chauffage se met en route avant l’occupation”. Dans les salles de réunions, les bureaux et les salles de cours, des radiateurs sont asservis à des capteurs de température. À côté de la porte d’entrée, un boîtier permet aux occupants de régler et ajuster la température entre +2 et -2 degrés. Un courant d’air ? Des détecteurs coupent automatiquement le chauffage lorsque la fenêtre est ouverte. Le bâtiment a été pensé pour permettre aux usagers d’agir sur leur confort et donc d’être acteurs de la performance énergétique, la technologie se mettant dès lors au service de l’apprentissage.

Objectif 3 : impliquer davantage les usagers

Après avoir rénové le bâtiment et y avoir greffé une batterie de capteurs, l’enjeu repose désormais sur l’implication de tout un chacun. “On s’est lancé comme objectif de gagner 10% d’économie grâce aux comportements des usagers”, précise Benoît. En vivant au cœur d’un bâtiment connecté et en expérimentant chaque jour la transition, l’Université espère provoquer un déclic chez ses étudiants. “Est-ce que la Catho peut emmener tous ses étudiants et salariés dans une prise de conscience grandissante des enjeux de la transition énergétique ? Le but du projet, au travers le déploiement de ses démonstrateurs socio-techniques, c’est de permettre le changement de comportement et la mobilisation du plus grand nombre. Si nous parvenons à sensibiliser les usagers au sein de l’Université, nous espérons qu’ils se comporteront en ambassadeurs, à l’école, au travail ou chez eux”, espère Yohann Rogez.

Un changement à l'œuvre

Un nouveau métier a même vu le jour au sein du campus : celui de manager de la performance énergétique. Ce “monsieur technologie” accompagne les usagers dans la prise en main des nouveaux systèmes et affine des solutions techniques en fonction des comportements des usagers. Partout sur le campus, des étudiants se mobilisent. Le “green challenge”, initie des défis hebdomadaires en faveur de l’environnement et a accompagné l’installation de collecteurs de mégots, poubelles de tri et fontaines à eau. Au sein du campus figurent des composteurs, une flotte de vélos électriques, un jardin partagé créé par une association d’étudiants et dans le quartier, un repair café dans lequel des réparateurs bénévoles habitants et étudiants donnent une seconde vie aux objets cassés. Récemment, une balade énergétique a été organisée dans le quartier. “Les habitants ont pu observer les habitats à l’aide de caméras thermiques et prendre conscience des déperditions de chaleur dans les logements”, explique Benoît. Une accélération visiblement pas prête de s’arrêter. En 2021, Dalkia, qui fournit le campus en chauffage, va transformer son mix énergétique de façon à y intégrer un système de récupération d’énergie. La chaleur issue de l’incinération des déchets de la métropole va ainsi être récupérée et réinjectée dans le réseau de chaleur de la ville !