NHOOD EST NÉ DE LA FUSION EN JANVIER 2021 DES ACTIVITÉS DE CEETRUS (EX-IMMOCHAN) ET DE NODI. QUELLE EST VOTRE AMBITION ?

Nhood est la contraction de « neighborhood » [NDLR : quartier en anglais] qui signifie le lien parce que notre volonté, c’est d’être avant tout une entreprise qui s’inscrit dans les territoires où elle s’exprime. Nous avons un début d’histoire avec une dimension commerciale, comment aujourd’hui en partant de cette composante nous allons réussir à développer autour d’autres fonctions qui permettront de créer des quartiers. C’est-à-dire comment passer de lieux mono- usages en lieux multifonctions. Autrement dit, créer des lieux en mieux, voilà notre raison d’être. Pour se faire, nous avons décidé de regrouper les compétences et les forces de Ceetrus et de Nodi pour proposer une nouvelle structure de services immobiliers mixtes répondant aux besoins des enseignes, entreprises, propriétaires, investisseurs, élus et acteurs locaux pour faire réussir leurs projets. Nhood sépare ainsi le foncier des services immobiliers et réunit les équipes au sein d’une même société.

LE MODÈLE DE L’URBANISATION ACTUELLE SEMBLE ÊTRE À BOUT DE SOUFFLE. POURQUOI Y A-T-IL URGENCE À TRANSFORMER NOS TERRITOIRES ?

Début 2020, nous avons soulevé plusieurs interrogations, qui se sont accélérées avec la situation sanitaire. Le premier constat reposait sur le business model des centres commerciaux, aujourd’hui fortement remis en question. Pourquoi ? Parce que les habitudes de consommation ont évolué avec la crise, notamment en raison des restrictions de déplacement, faisant apparaître cette proximité : j’achète aussi là où je vis. Ces nouvelles approches du commerce nous incitent à repenser le modèle actuel des centres commerciaux en intégrant une dimension servicielle beaucoup plus importante, comme ce qui existe déjà outre-Atlantique. Au Canada, à titre de comparaison, vous retrouvez des patinoires, maisons médicales, du loisir et de la culture au sein même des galeries marchandes. C’est la raison pour laquelle nous devons ici créer des lieux qui permettent à tout-un-chacun de trouver une réponse à un besoin à un moment donné. Nous devons pour cela avoir une oreille attentive aux besoins des territoires, que ce soit à travers le monde politique, associatif et citoyen. Notre objectif est d’apporter la réponse la plus appropriée aux territoires concernés car la réponse ne sera pas la même partout, elle ne sera pas formatée mais adaptée aux spécificités.

SI JE COMPRENDS BIEN, VOTRE MISSION EST DE RECONSTRUIRE LA VILLE DES USAGES ET DES SERVICES...

Le problème, c’est que notre urbanisme a été pensé, depuis les années 60, comme un urbanisme de juxtaposition avec des pôles qui se sont créés les uns à côté des autres, des zones d’habitat, puis des zones tertiaires, puis des zones industrielles, puis des zones éducatives etc. Nous avons peu mixé les activités entre elles. Ce qui a conduit à pousser l’habitat toujours plus loin. Dans ce paradigme, nous ne répondons pas au besoin du citoyen dans son quotidien mais nous l’obligeons à se déplacer continuellement avec son véhicule. C’est cela qui vient également renforcer cette pollution et ce sentiment d’encombrement. Nos villes sont actuellement sous- tension, avec une rareté du produit immobilier et une inflation très conséquente du prix du logement en ville. Parallèlement, nous avons des villes moyennes qui se dépeuplent. Il y a une forte attractivité des agglomérations qui se fait au détriment des plus petites. En transformant la ville sur elle-même, en la rendant plus vivable, en réinventant le quartier à l’échelle locale pour retrouver une proximité et un mieux vivre ensemble, nous serons dans un urbanisme d’association qui permettra de répondre aux besoins du quotidien.

REFAIRE LA VILLE SUR LA VILLE, À L’INSTAR DU PROJET DE LA MAILLERIE À VILLENEUVE D’ASQ ?

C’est exactement ça. Nous avons à cœur de réintégrer du lien social à l’intérieur de nos villes. À côté des résidences seniors par exemple, nous veillons à installer des crèches, des écoles, des structures d’accueil de la petite enfance afin de permettre à nos aînés d’être à proximité des plus jeunes. Remettre de la vie aux côtés de nos anciens, c’est leur éviter l’exclusion sociale, l’isolement et leur faire retrouver une légitimité au sein de la cité. Ce fameux lien social, c’est une promesse que nous voulons tenir sur le long terme. Notre but n’est pas de développer opération après opération, mais d’être un acteur impliqué dans le territoire. Le projet de la Maillerie que nous portons – aux côtés du promoteur Linkcity avec qui nous travaillons conjointement – est un très bon révélateur de mixité sociale et générationnelle. Avec cette volonté de régénérer des sites existants en nouveaux lieux de vie à triple impact positif : sociétal, environnemental et économique. Comment d’une ancienne friche, nous réussissons à passer à la création d’un quartier de ville qui maille la commune de Croix à celle de Villeneuve d’Ascq afin d’avoir une cohérence urbaine plus forte. Sans oublier la dimension environnementale. Car il faut retenir l’idée que tout ce que nous construisons aujourd’hui impactera les générations à suivre, nous avons donc une forte responsabilité à ce niveau-là. Que ce soit sur la résilience des bâtiments, leur frugalité énergétique, mais aussi la capacité à faire évoluer les produits, penser à d’autres usages. Au sein du quartier de la Maillerie, nous concevons Le Tweed, un programme de 31 logements, 26 appartements du studio au T4 et 5 maisons. Sur celui-ci, dont la livraison est estimée à l’horizon 2023, nous attendons de jeunes familles désireuses d’évoluer dans un environnement qualitatif aux portes de Lille. C’est dans cette même logique de mixité programmatique pour répondre aux besoins de chacun que nous développons l’opération Quai des Lys au sein du quartier Quai 22 à Saint-André-lez-Lille (en cours de commercialisation) en partenariat avec Linkcity et Sem Ville Renouvelée. C’est une véritable tranche de ville qui est en passe de voir le jour.

ON PARLE BEAUCOUP DE L’AVENIR DES VILLES À L’ÉCHELLE DES QUARTIERS, MAIS À QUOI LE LOGEMENT DE DEMAIN EN TANT QUE TEL POURRAIT-IL RESSEMBLER ?

La crise que nous vivons bouscule le tertiaire, et impactera la façon même de penser et imaginer les logements. Avec l’essor du télétravail et son ampleur dans notre quotidien, le lieu de travail à l’intérieur du logement est une composante que nous sommes obligés désormais de prendre en considération. Cela fait partie des conséquences de cette période si particulière. Le logement de demain, c’est aussi celui qui sera connecté à la nature, avec des espaces extérieurs généreux pour permettre de déjeuner et dîner en famille. Nos amis des pays du Nord l’ont compris bien avant nous puisqu’ils passent beaucoup de temps à l’extérieur, malgré les conditions climatiques. L’extérieur deviendra un lieu de convivialité, un lieu de vie à part entière. Le logement de demain ne répondra plus seulement à sa fonction première d’hébergement. Il bénéficiera d’une grande porosité intérieur-extérieur.