UNE HISTOIRE DE CARACTÈRE

“L’architecture, c’est ce que j’ai toujours voulu faire depuis tout petit”, sourit-il avant d’expliquer que son père, ingénieur de l’Institut catholique d’arts et métiers (Icam), voulait qu’il suive les mêmes études. Au moment de choisir son orientation, Jean Pattou a décidé de poursuivre ses rêves en partant étudier l’architecture. Ses parents ne voulant pas l’aider dans ce choix, il a alors travaillé pour payer ses études. C’est au cours de son cursus en école d’architecture qu’il rencontre sa femme, Martine, avec qui il créé un cabinet d’architecture et d’urbanisme à Lille en 1972. “C’était important, pour nous de revenir à Lille, car c’était notre premier poste pour l’aménagement du territoire. C’était passionnant, on a rencontré des économistes, des sociologues et plein d’autres corps de métiers pour faire le schéma directeur du Nord entre 1968 et 1972.” C’est dans les années 1980 qu’il consacre alors de plus en plus de temps à la peinture, tandis que sa femme continue de développer leur cabinet d’architecture. Quittant, au fil des ans, l’architecture, la peinture est devenue pour Jean Pattou, son moyen d’expression, celle qui contribua à sa renommée internationale.

UNE INSPIRATION D’ARCHITECTE

S’il est touché par Vermeer en peinture, c’est Piranèse, – Giovanni Battista Piranesi de son nom complet –, qui figure comme un “parrain” aux yeux de Jean Pattou. Le célèbre graveur et architecte italien du XVIIIème siècle est notamment réputé pour son œuvre Les Prisons. “Ce sont quatorze planches massives et puissantes, très noires et dramatiques, qu’il a d’ailleurs retouchées pour les rendre encore plus dramatiques et ténébreuses. C’est absolument magnifique et ça ne laisse pas insensible quand on est devant.”

L’ART DE VOYAGER

Lille, Saint-Jean-de-Luz, Paris, Chicago, Barcelone, Rome, Hong-Kong, Kyoto, Istanbul, Lisbonne, Stockholm... la liste est encore longue. Toujours accompagné de sa femme, Jean Pattou a réalisé près de 90 expositions personnelles à travers le monde entier. Parmi celles-ci, dix se sont tenues à Barcelone. C’est une ville qu’il qualifie comme “magnifique, c’est du génie dans l’urbanisme quand ils ont décidé de tout refonder pour les Jeux Olympiques de Barcelone [NDLR : de 1992] et faire cette superbe ville que l’on connaît aujourd’hui”. Ces voyages lui ont permis de représenter de nombreuses villes à travers ses peintures colorées et féériques. Ainsi, peindre des monuments et des quartiers vus du ciel permet à ses toiles d’offrir un point de vue unique qu’il est impossible d’obtenir de nos propres yeux.

UNE FRESQUE MONUMENTALE

Au croisement des grandes villes européennes, la gare Lille Europe est au centre de nombreux voyages. Quotidiennement, tous les passants peuvent voyager sans même emprunter un train. Il suffit de se rendre dans la station de métro de la gare pour y admirer de gigantesques fresques de 18 mètres de haut. L’artiste se souvient de ses fresques qu’il a peintes, ces mêmes fresques qui ont été agrandies numériquement pour couvrir les murs bétonnés de la station. Il se souvient avoir posé son œuvre lui-même en rappel peu de temps avant l’inauguration en 2000 : “c’était un moment formidable, quand on m’a proposé de le faire, j’étais très content”.

L’IMPORTANCE DU PATRIMOINE

Prônant l’importance de classer la citadelle de Lille aux monuments historiques, il a plus récemment peint la manifestation pour la sauvegarde de la chapelle Saint-Joseph. “Non pas par conviction religieuse mais simplement car c’est une richesse, elle n’est pas là pour rien, l’architecte l’avait placé ici en fonction du Palais Rameau, le bâtiment est en bon état et peut être conservé pour y créer des laboratoires ou des salles à l’intérieur”, regrette-t-il. Puis d’ajouter : “une ville c’est un livre, elle raconte des histoires. L’urbanisme se découvre avec les pieds. Il faut donc bien regarder, avant de démolir le patrimoine, si l’on ne peut pas garder un bâtiment et s’en servir pour un projet”.

UNE DERNIÈRE EXPOSITION ?

Actuellement, un livre rassemblant plusieurs peintures est en préparation, dont le développement a malheureusement dû être interrompu lors de l’arrivée de la crise sanitaire. Cet ouvrage regroupera 50 œuvres sur les villes de Tournai, Courtrai et Lille. En attendant la sortie de ce projet, une exposition est d’ores et déjà dans les tuyaux. “Ce sera la dernière”, confie-t-il. Une affirmation à laquelle sa femme n’a pas manqué de réagir. “Tu dis ça depuis longtemps déjà mais ce n’est jamais la dernière”, plaisante-t-elle. Un peu comme si la passion l’emportait sur toutes les décisions.